# IPN ou linteau béton armé : quel choix technique pour votre ouverture de mur porteur ?

Lorsque vous envisagez de créer une ouverture dans un mur porteur, le choix du système de reprise de charges se présente comme une décision structurelle majeure. Deux solutions dominent le marché de la construction et de la rénovation : le profilé IPN en acier et le linteau en béton armé. Chacune de ces options répond à des exigences mécaniques précises, des contraintes de mise en œuvre spécifiques et des considérations économiques distinctes. La sélection entre ces deux systèmes constructifs influence directement la sécurité structurelle de votre bâtiment, la durabilité de l’intervention et naturellement votre budget global. Comprendre les caractéristiques techniques, les performances mécaniques et les conditions d’application de chaque solution vous permettra de faire un choix éclairé, adapté à votre configuration architecturale particulière et conforme aux réglementations en vigueur.

Caractéristiques techniques de l’IPN acier pour ouverture murale

Le profilé IPN (I à Profil Normal) constitue une solution métallique éprouvée pour la reprise des charges au-dessus d’une ouverture. Cette poutrelle en acier laminé à chaud présente une section transversale en forme de I, avec des ailes inclinées à 14% par rapport à l’âme verticale. Cette géométrie particulière offre une résistance optimale à la flexion tout en maintenant un poids relativement maîtrisé. Les dimensions standardisées facilitent le calcul structurel et l’approvisionnement auprès des négoces spécialisés.

Composition et nuances d’acier : S235, S275 et S355

Les profilés IPN sont fabriqués selon différentes nuances d’acier définies par les normes européennes EN 10025. La nuance S235 représente l’option la plus courante, offrant une limite d’élasticité de 235 N/mm² pour les épaisseurs inférieures à 16 mm. Cette nuance convient parfaitement aux applications résidentielles standard avec des portées modérées. La nuance S275 propose une résistance supérieure avec 275 N/mm² de limite élastique, particulièrement adaptée aux ouvertures plus larges ou supportant des charges importantes. Pour les configurations exigeantes, la nuance S355 atteint 355 N/mm², permettant de réduire les sections tout en maintenant la capacité portante requise. Le choix de la nuance influence directement le dimensionnement du profilé et représente un paramètre fondamental dans le calcul structurel.

Dimensions normalisées et modules d’inertie des profilés IPN

Les IPN sont disponibles en hauteurs standardisées allant de 80 mm (IPN 80) à 600 mm (IPN 600), avec des espacements réguliers dans la gamme. Le module d’inertie, exprimé en cm⁴, croît exponentiellement avec la hauteur du profilé. Un IPN 160 présente par exemple un moment d’inertie de 935 cm⁴, tandis qu’un IPN 300 atteint 8 196 cm⁴, soit près de neuf fois plus. Cette caractéristique géométrique détermine directement la résistance à la flexion du profilé. L’épaisseur de l’âme varie entre 5,1 mm pour les petites sections et 16 mm pour les grandes, tandis que la largeur des ailes augmente proportionnellement. Ces dimensions normalisées garantissent la fiabilité des calculs et permettent une interchangeabilité entre différents fabricants européens.

Calcul de la charge admissible selon la portée et le module

Dans la pratique, la charge admissible d’un IPN se calcule en combinant le moment fléchissant maximal (MEd) et le module de résistance de la section (Wpl) selon l’Eurocode 3. Pour une poutre simplement appuyée, soumise à une charge uniformément répartie, le moment maximal vaut approximativement M = q × L² / 8, où q est la charge linéique (en kN/m) et L la portée (en m). La contrainte de flexion est ensuite comparée à la limite élastique de l’acier (fy, 235, 275 ou 355 MPa selon la nuance) pour vérifier que la section choisie reste dans le domaine élastique.

Autrement dit, plus le module de résistance W est élevé, plus l’IPN pourra reprendre une charge importante pour une même portée sans fléchir excessivement. À titre indicatif, un IPN 200 en S235 peut reprendre de l’ordre de quelques dizaines de kN par mètre sur une portée de 3 m, alors qu’un IPN 120 sera rapidement limité. À cela s’ajoute le contrôle de la flèche admissible, souvent limitée à L/300 ou L/500 en rénovation pour limiter les fissurations des cloisons et des enduits. C’est pourquoi un dimensionnement « au feeling » est exclu : seul un bureau d’études structure peut établir une note de calcul fiable en intégrant les coefficients de sécurité réglementaires.

Mise en œuvre et étaiement temporaire lors de la pose

La performance d’un IPN ne dépend pas uniquement de ses caractéristiques mécaniques, mais aussi de la qualité de sa mise en œuvre. Lors d’une ouverture dans un mur porteur, l’étaiement temporaire joue un rôle crucial : il reprend l’intégralité des charges pendant que l’on découpe la maçonnerie et que l’on met en place la poutre. En règle générale, des bastaings bois ou des profilés métalliques sont posés en « aiguilles » de part et d’autre du mur, soutenus par des étais espacés d’environ 50 à 80 cm, suivant la charge à reprendre et la nature du sol d’appui.

La découpe du mur porteur se fait ensuite de façon progressive, en commençant par les zones basses et en terminant par la partie haute qui recevra l’IPN. Les encoches latérales (logements d’appui) sont réalisées avec soin, sur une maçonnerie saine, et leur longueur d’appui est généralement comprise entre 20 et 30 cm minimum, voire davantage dans le bâti ancien ou en présence de charges élevées. L’IPN est ensuite présenté à la grue, au palan ou à plusieurs opérateurs, mis en place sur un lit de mortier à retrait compensé, puis calé finement avant matage définitif et dépose progressive des étais.

Traitement anticorrosion et protection thermique réglementaire

Un linteau IPN nu, exposé à l’air ambiant, est sensible à la corrosion. En rénovation intérieure, les profilés sont généralement protégés par une peinture primaire antirouille, suivie au besoin d’une couche de finition décorative si la poutre reste apparente. Dans les locaux humides ou en zones non chauffées (garages, sous-sols), on privilégiera des systèmes de protection renforcés, voire un habillage complet (coffrage maçonné ou plaque de plâtre) limitant les échanges avec l’air humide. Cette précaution est d’autant plus importante que la corrosion localisée peut, à long terme, réduire la section efficace de la poutre.

Sur le plan réglementaire, l’acier nu perd rapidement sa résistance mécanique au-delà de 500 °C en cas d’incendie. Pour répondre aux exigences de résistance au feu (R 30, R 60, etc.), il convient souvent de protéger le profilé par un enrobage (béton, plâtre projeté) ou par des plaques coupe-feu certifiées. Dans certains projets, une peinture intumescente est appliquée : en cas de chaleur intense, elle gonfle et forme une couche isolante autour de l’acier. Vous l’aurez compris : un IPN performant structurellement doit aussi être protégé dans le temps contre la corrosion et la montée en température pour garantir la sécurité des occupants.

Propriétés mécaniques du linteau béton armé et préfabriqué

Le linteau béton armé constitue l’autre grande famille de solutions pour la reprise de charges au-dessus d’une ouverture. Il peut être coulé en place, dans un coffrage sur mesure, ou être mis en œuvre sous forme de linteaux préfabriqués normalisés. Contrairement à l’acier, dont la résistance est concentrée dans un profilé, le béton armé associe un matériau de compression (le béton) et des armatures en acier travaillant en traction. Cette complémentarité offre une excellente durabilité et une bonne compatibilité avec les maçonneries existantes, en particulier dans les bâtiments récents en parpaings ou en briques.

Dans le cas d’un linteau en béton coulé sur place, le dimensionnement doit tenir compte de la section de béton, du dosage et de la classe de résistance, ainsi que du pourcentage d’armatures longitudinales et transversales. Les linteaux préfabriqués, quant à eux, bénéficient d’un contrôle industriel rigoureux, mais restent limités à des portées et des charges standard. Pour des ouvertures de grande largeur ou des situations particulières (mur de refend porteur, plancher hourdis au-dessus, toiture lourde), le linteau sur mesure coulé en place reste souvent la solution la plus adaptée.

Classes de résistance C20/25 à C30/37 selon l’eurocode 2

L’Eurocode 2 (EN 1992) définit les classes de résistance du béton utilisées en structure. En rénovation résidentielle, les classes les plus courantes pour les linteaux sont C20/25, C25/30 et C30/37. Concrètement, un béton C25/30 présente une résistance caractéristique en compression de 25 MPa sur cylindre et 30 MPa sur cube, mesurée à 28 jours. Plus la classe est élevée, plus le béton peut reprendre de contraintes de compression, ce qui permet, à section égale, d’augmenter la capacité portante du linteau.

Le choix de la classe de résistance dépend de la charge à reprendre, de la portée et de l’environnement d’exposition (intérieur sec, extérieur, milieu humide, etc.). Pour une simple ouverture de fenêtre dans un mur en parpaings, un béton C20/25 sera généralement suffisant. En revanche, pour un linteau de baie vitrée de grande longueur, supportant un plancher béton et une toiture, un béton C25/30, voire C30/37, sera souvent préconisé par le bureau d’études. Ce choix impacte aussi le dosage en ciment, la durabilité et la sensibilité aux agressions chimiques (sels, gel-dégel).

Ferraillage longitudinal et cadres HA pour reprise des efforts

Le béton seul résiste mal à la traction : c’est le ferraillage qui lui confère sa capacité à reprendre les efforts de flexion. Dans un linteau béton armé, on distingue les armatures longitudinales (barres principales en acier HA, généralement en partie inférieure pour reprendre la traction) et les cadres (étriers fermés ou ouverts) qui assurent la reprise du cisaillement et le maintien des barres principales. La section d’armatures longitudinales est dimensionnée pour limiter la contrainte de traction dans l’acier à une valeur inférieure à fyd, en appliquant les coefficients de sécurité de l’Eurocode 2.

Les cadres, espacés typiquement de 10 à 20 cm, évitent la fissuration diagonale due au cisaillement près des appuis et garantissent la cohésion du linteau. En pratique, le ferraillage est souvent réalisé sous forme de cages préfabriquées (armatures assemblées en atelier), ce qui réduit les risques d’erreur sur chantier. Pour un linteau coulé en place, le respect des enrobages minimaux (généralement 25 à 30 mm en intérieur) est indispensable pour protéger les armatures de la corrosion et assurer la durabilité de l’ouvrage.

Linteaux préfabriqués standards et solutions sur mesure

Les linteaux préfabriqués en béton armé ou précontraint sont largement utilisés en construction neuve pour les ouvertures courantes (portes, fenêtres, baies standards). Produits en usine, ils bénéficient d’un contrôle de qualité, d’une géométrie régulière et d’armatures optimisées. Leur mise en œuvre est rapide : il suffit de les poser sur des appuis adéquats, de les régler et de les sceller. Cependant, leur utilisation est strictement limitée par les charges et les portées indiquées par le fabricant. Utiliser un prélinteau (élément mince) comme linteau porteur sur un mur porteur lourd serait, par exemple, une erreur grave.

Pour les ouvertures spécifiques, les grandes portées ou le bâti ancien, les solutions sur mesure sont privilégiées. Un coffrage est mis en place, le ferraillage est réalisé suivant les plans du bureau d’études, puis le béton est coulé sur site. Cette technique permet d’adapter précisément la section, la géométrie et le ferraillage aux contraintes réelles de votre mur et de vos charges. Elle est plus exigeante en temps (coffrage, coulage, cure de 21 à 28 jours) et en savoir-faire, mais garantit une intégration parfaite avec la maçonnerie existante.

Flèche admissible et déformation sous charge permanente

Comme pour un IPN, la déformation d’un linteau béton armé sous charge ne doit pas dépasser certaines limites pour éviter les désordres (fissures, affaissement de menuiseries, décollement d’enduit). On parle de flèche admissible, souvent limitée à L/250 ou L/300 pour les éléments de portée moyenne. Le calcul de la flèche prend en compte non seulement la charge permanente (poids propre, charges structurelles), mais aussi la charge d’exploitation, ainsi que les effets différés (fluage du béton, retrait).

Le ferraillage joue un rôle clé dans cette maîtrise de la déformation : un linteau sous-ferraillé présentera une flèche excessive et des fissurations visibles, même si la rupture à court terme n’est pas atteinte. À l’inverse, un ferraillage correctement dimensionné permet de limiter la courbure et de maintenir l’ouverture dans ses tolérances géométriques sur le long terme. Là encore, l’intervention d’un ingénieur structure est indispensable pour valider le dimensionnement et garantir une ouverture de mur porteur durable et stable.

Comparaison des performances structurelles et mécaniques

Vous hésitez entre IPN acier et linteau béton armé pour votre ouverture de mur porteur ? Sur le plan mécanique, ces deux solutions n’offrent pas exactement les mêmes performances ni les mêmes contraintes. L’acier se distingue par un rapport résistance-poids très favorable et une mise en charge immédiate, tandis que le béton armé mise sur l’homogénéité avec la maçonnerie et une excellente tenue au feu et à la corrosion. Comparer les deux implique de regarder au-delà de la simple capacité portante, en intégrant la flèche, la durabilité, l’environnement d’exposition et la facilité de mise en œuvre.

Dans les projets de rénovation, on privilégiera souvent l’IPN pour des ouvertures de grande largeur, lorsque la hauteur disponible est limitée, ou lorsque les délais de chantier sont serrés. Le linteau béton armé sera, lui, préféré pour des portées moyennes intégrées à des murs en maçonnerie récente ou lorsqu’une finition parfaitement invisible est recherchée sous enduit ou sous crépi. Cette approche comparative doit toujours rester guidée par une étude structurelle objective, et non uniquement par des considérations esthétiques ou de coût apparent.

Rapport résistance-poids et capacité portante au mètre linéaire

L’un des principaux atouts de l’IPN est son rapport résistance-poids. Une poutre IPE ou IPN de 3 m de portée pèse souvent entre 40 et 100 kg selon la section, tout en offrant une capacité portante très élevée. À l’inverse, un linteau béton équivalent, coulé en place, sera nettement plus lourd (de l’ordre de 500 à 800 kg pour la même longueur et une section standard de 20 × 20 cm). Cette différence de masse influe directement sur la manutention, les moyens de levage et la charge transmise aux appuis et aux fondations.

En termes de capacité portante au mètre linéaire, l’acier garde souvent l’avantage pour les grandes portées, car il permet de limiter la hauteur de la poutre tout en conservant une forte résistance à la flexion. Le béton armé, pour un même niveau de charge, nécessitera généralement une section plus importante, donc une retombée de linteau plus visible. Toutefois, pour des ouvertures courantes de 1 à 2,50 m, un linteau béton bien dimensionné est tout à fait compétitif, notamment lorsque la hauteur disponible n’est pas un facteur limitant.

Comportement en flexion et résistance au cisaillement

En flexion, l’acier travaille dans le domaine élastique avec un module de Young élevé (~210 000 MPa), ce qui se traduit par de faibles déformations pour une charge donnée. À l’inverse, le béton armé présente un comportement plus complexe, avec une fissuration progressive en zone tendue et un rôle croissant des armatures à mesure que la charge augmente. Pour un même moment fléchissant, une poutre acier présentera généralement une flèche plus faible qu’un linteau béton de section équivalente, ce qui peut s’avérer déterminant pour la stabilité des éléments de second œuvre (cloisons, menuiseries).

La résistance au cisaillement est gérée différemment dans les deux systèmes. Dans un IPN, c’est l’âme qui reprend l’effort tranchant, et sa capacité est dimensionnée en conséquence par le bureau d’études. Dans un linteau béton armé, ce sont les cadres (étriers) et l’adhérence acier-béton qui contribuent à la résistance au cisaillement, en complément de la compression dans le béton comprimé. Dans les zones proches des appuis, où les efforts tranchants sont les plus élevés, un ferraillage adapté et un contrôle rigoureux de la mise en œuvre sont indispensables pour éviter les fissurations diagonales.

Durabilité face aux pathologies du bâtiment et corrosion

Sur le long terme, la durabilité est un critère aussi important que la résistance initiale. Un IPN correctement protégé contre la corrosion et isolé des remontées d’humidité peut conserver ses performances pendant plusieurs décennies. En revanche, une poutre acier laissée brute dans un environnement humide ou en contact avec des infiltrations peut se corroder, réduire sa section utile et perdre progressivement sa capacité portante. Le traitement anticorrosion et la gestion des points singuliers (ponts thermiques, condensation) sont donc essentiels.

Le béton armé, de son côté, est sensible aux pathologies liées à la carbonatation et à la pénétration de chlorures, qui peuvent entraîner la corrosion des armatures internes. Une fissuration excessive, un enrobage insuffisant ou des défauts de mise en œuvre favorisent ces phénomènes. Néanmoins, dans un bâtiment résidentiel standard, bien entretenu et protégé des agressions sévères, un linteau béton correctement conçu offre une excellente durabilité et une résistance naturelle au feu. En somme, acier et béton armé peuvent être durables, à condition que leur conception et leur protection soient adaptées à l’environnement et au type de bâti.

Dimensionnement selon les charges et configurations d’ouverture

Le choix entre IPN et linteau béton ne peut se faire sans une analyse précise des charges à reprendre et de la géométrie de l’ouverture. Entre une petite fenêtre de 1 m dans un mur de façade et une baie de 4,50 m sous un plancher béton, les sollicitations n’ont rien de comparable. Le dimensionnement intègre la descente de charges verticale (toiture, planchers, cloisons, exploitation), mais aussi les conditions d’appui, la nature de la maçonnerie et la présence éventuelle de chaînages ou de poteaux porteurs voisins.

Se référer aux normes et aux règles professionnelles, comme le DTU 20.1 pour les ouvrages en maçonnerie de petits éléments, permet de structurer cette démarche. Toutefois, pour toute ouverture significative dans un mur porteur, notamment en rénovation, l’intervention d’un bureau d’études structure reste une obligation de fait, ne serait-ce que pour sécuriser l’ouvrage et garantir le respect des Eurocodes. Vous vous demandez comment se déroule concrètement ce dimensionnement ? Détaillons les étapes clés.

Calcul des charges permanentes et d’exploitation selon DTU 20.1

La première étape consiste à recenser les charges permanentes : poids propre des planchers (béton, bois, poutrelles-hourdis), cloisons supérieures, éléments de charpente, couverture, isolation, plafonds, etc. On y ajoute les charges d’exploitation, autrement dit le poids variable dû aux occupants, au mobilier, ou à la neige sur la toiture. Les valeurs de référence sont données par les Eurocodes et les DTU : par exemple, un plancher d’habitation est souvent dimensionné sur une charge d’exploitation de 150 kg/m² (1,5 kN/m²).

Le bureau d’études réalise ensuite une descente de charges pour déterminer la part de ces efforts verticaux qui se concentre sur le tronçon de mur concerné par l’ouverture. Cette charge est alors ramenée à une charge linéique (en kN/m) agissant sur le futur linteau. En parallèle, les coefficients de sécurité et les combinaisons de charges (permanentes + variables) sont appliqués selon l’Eurocode 0 et 1. Ce travail, invisible pour le propriétaire, conditionne pourtant directement la section de l’IPN ou du linteau béton à mettre en œuvre.

Détermination de la portée libre et appuis latéraux minimaux

La portée libre correspond à la distance entre les appuis effectifs du linteau, c’est-à-dire entre les points où la poutre transmet réellement ses efforts à la maçonnerie ou aux poteaux. Elle est légèrement inférieure à la largeur de l’ouverture, puisqu’il faut ajouter les longueurs d’appuis latéraux encastrées dans le mur. En maison individuelle, on considère souvent un minimum de 20 à 25 cm d’appui de chaque côté, mais ce chiffre peut augmenter dans le bâti ancien ou pour des charges élevées.

Les appuis doivent être réalisés sur une maçonnerie saine, non fissurée, et si besoin renforcés par des jambages en béton armé ou en acier. Dans certains cas, la création ou l’élargissement d’une ouverture impose la mise en place de poteaux ou de voiles porteurs complémentaires pour éviter de surcharger un mur existant trop fragile. Là encore, le dimensionnement ne se limite pas à la poutre elle-même : l’ensemble « linteau + appuis + fondations » doit être cohérent pour assurer la stabilité globale.

Solutions pour ouvertures de 1m à 5m de largeur

Entre 1 et 2 m de largeur, un linteau béton armé, qu’il soit préfabriqué ou coulé sur place, couvre la majorité des cas courants dans les maisons récentes : ouvertures de fenêtres, portes simples, petites baies vitrées. Pour des charges modérées et un mur homogène (brique, parpaing), cette solution est économique et bien maîtrisée par les artisans. Au-delà de 2,50 à 3 m, l’IPN ou les profils HEA/HEB prennent souvent l’avantage, notamment lorsque la hauteur sous plafond est limitée et que l’on souhaite minimiser la retombée visible.

Pour des ouvertures de 4 à 5 m, par exemple lors de la création d’une grande baie sur jardin ou de la fusion de deux pièces séparées par un mur porteur, le recours à un profil acier devient quasi systématique. Dans certains projets, deux profilés jumelés (IPE ou HEA) sont utilisés en parallèle pour optimiser la résistance et faciliter la manutention. Le béton armé coulé en place reste envisageable, mais nécessite alors une section très importante, des coffrages complexes et un temps de cure rallongé. Le choix final dépendra de la logistique du chantier, de l’esthétique recherchée et du verdict de l’ingénieur structure.

Renforcement des tableaux et chaînages périphériques

Créer une ouverture dans un mur porteur ne consiste pas seulement à dimensionner un linteau : il faut aussi s’assurer que les parties de mur restantes, appelées tableaux, conservent une rigidité suffisante et soient correctement chaînées au reste de la structure. Dans le cas contraire, on risque de voir apparaître des fissures verticales ou en diagonale au droit des angles de la baie, voire des instabilités locales. Le renforcement des tableaux peut passer par la création de poteaux en béton armé raccordés aux fondations, ou par la mise en place de raidisseurs métalliques ancrés dans la maçonnerie.

Les chaînages horizontaux et verticaux, prescrits par le DTU 20.1 en construction neuve, jouent un rôle clé : ils assurent la cohésion de l’ouvrage et la reprise des efforts horizontaux (vent, séismes). En rénovation, il est parfois nécessaire de reconstituer une partie de ces chaînages autour de la nouvelle ouverture, en liant le linteau aux murs adjacents par des armatures ou des connecteurs mécaniques. Cette approche intégrée garantit que votre nouvelle baie ne devienne pas un point faible de la structure, mais au contraire un élément solidement ancré dans l’ossature existante.

Analyse économique et critères de sélection du support

Au-delà des aspects purement techniques, le choix entre IPN et linteau béton armé doit aussi intégrer une analyse économique complète. Le coût du matériau n’est qu’une partie de l’équation : il faut y ajouter la main-d’œuvre, le temps de chantier, les moyens de levage, les finitions (coffrage, habillage, enduits), ainsi que les éventuels traitements complémentaires (anticorrosion, coupe-feu, isolation des ponts thermiques). Dans un contexte de fluctuation des prix de l’acier et des liants hydrauliques, ces arbitrages deviennent particulièrement sensibles.

En règle générale, l’IPN se révèle très compétitif pour les grandes ouvertures nécessitant une mise en charge immédiate, notamment lorsque l’accès chantier permet la manutention des profilés (rez-de-chaussée, grue disponible, grandes baies). Le linteau béton armé, lui, garde l’avantage pour les portées courantes en maçonnerie moderne, en particulier lorsque l’on souhaite une finition invisible et homogène. Enfin, le coût d’une étude de structure, souvent compris entre 300 et 800 €, doit être considéré comme un investissement de sécurité, largement amorti par la pérennité de l’ouvrage.

Réglementation technique et conformité des ouvertures porteuses

Intervenir sur un mur porteur ne relève pas du simple bricolage : c’est un acte de structure encadré par un ensemble de textes réglementaires et normatifs. Sur le plan technique, les Eurocodes (EN 1990 à EN 1998) définissent les règles de calcul des structures en acier et en béton, tandis que les DTU (notamment le DTU 20.1 pour la maçonnerie) encadrent les règles de l’art en matière de mise en œuvre. Le respect de ces référentiels est indispensable pour garantir la stabilité de l’ouvrage, mais aussi pour engager la responsabilité décennale des entreprises intervenantes.

Sur le plan administratif, toute ouverture dans un mur porteur d’un bâtiment existant doit, a minima, faire l’objet d’une déclaration préalable de travaux auprès de la mairie, voire d’un permis de construire si la modification modifie l’aspect extérieur ou la structure de façon significative. En copropriété, les murs porteurs étant des parties communes, l’accord de l’assemblée générale est obligatoire, accompagné d’une étude structurelle et des attestations d’assurance décennale des entreprises. En cas de bâtiment classé ou situé en secteur protégé, l’Architecte des Bâtiments de France pourra également être sollicité.

Enfin, n’oublions pas les aspects liés à la sécurité incendie, à l’accessibilité et aux performances énergétiques (ponts thermiques, isolation autour des nouvelles menuiseries). Un IPN non isolé inséré dans une façade peut devenir un pont thermique majeur, tandis qu’un linteau béton mal protégé à l’extérieur peut favoriser les infiltrations. En résumé, choisir entre IPN et linteau béton pour une ouverture de mur porteur, c’est conjuguer contraintes mécaniques, exigences réglementaires et objectifs esthétiques dans une approche globale, pilotée par des professionnels qualifiés.