# Dalle à la chaux sur terre battue : mode d’emploi

La rénovation des bâtiments anciens et la construction écologique connaissent un renouveau d’intérêt pour les techniques traditionnelles. Parmi celles-ci, la dalle à la chaux sur terre battue s’impose comme une solution particulièrement pertinente. Cette méthode ancestrale, remise au goût du jour par les professionnels de l’éco-construction, offre des performances remarquables en termes d’isolation, de gestion de l’humidité et de durabilité. Contrairement aux solutions modernes à base de ciment, la dalle à la chaux respecte la perméabilité naturelle des sols anciens tout en apportant la solidité nécessaire aux usages contemporains. Cette approche technique nécessite toutefois une maîtrise précise des matériaux et des protocoles de mise en œuvre pour garantir un résultat durable et performant.

Caractéristiques techniques de la terre battue comme support de dalle chaux

La terre battue constitue un support ancestral dont les propriétés physiques et mécaniques doivent être parfaitement comprises avant toute intervention. Ce type de sol, composé généralement d’argile, de limon et de sable dans des proportions variables, présente une structure compactée naturellement ou mécaniquement au fil des décennies. L’analyse préalable du substrat existant s’avère indispensable pour anticiper les comportements différentiels et adapter la formulation du mortier de chaux. La stabilité dimensionnelle de votre support conditionne directement la pérennité de l’ouvrage final.

Analyse granulométrique et densité optimale du sol existant

L’examen granulométrique de la terre battue révèle la distribution des particules selon leur taille, élément déterminant pour la portance du sol. Un échantillon prélevé à différentes profondeurs permet d’identifier la proportion de graviers, sables, limons et argiles. La densité optimale se situe généralement entre 1,8 et 2,0 t/m³ pour un sol correctement compacté. Les tests de densité in situ peuvent être réalisés avec une sonde de pénétration dynamique ou un densitomètre à membrane. Une terre battue présentant moins de 25% d’argile offre généralement une meilleure stabilité, tandis qu’une proportion supérieure nécessite des précautions supplémentaires contre les variations volumétriques liées aux cycles hydriques.

Taux d’humidité résiduelle et capacité de drainage du substrat

Le taux d’humidité résiduelle de votre terre battue influence directement l’adhérence du mortier de chaux et le temps de séchage global. Un hygromètre à pointes permet de mesurer précisément ce paramètre, qui devrait idéalement se situer entre 8 et 12% avant intervention. La capacité de drainage du substrat dépend de sa porosité et de sa perméabilité naturelle. Un test simple consiste à verser un litre d’eau sur une surface délimitée et à observer le temps d’infiltration : une absorption complète en moins de 30 minutes indique un drainage satisfaisant. Dans les cas où la perméabilité s’avère insuffisante, la mise en place d’un hérisson drainant devient impérative pour éviter les stagnations d’eau susceptibles de compromettre la structure de la dalle.

Compactage mécanique et stabilisation de la couche porteuse

Le compactage mécanique de la terre battue existante constitue une étape fondamentale souvent négligée. L’utilisation d’une plaque vibrante ou d’un rouleau compacteur permet d’augmenter la densité du sol et de réduire sa compressibilité. Cette opération doit être réalisée par passes successives de 10

cm maximum en vérifiant régulièrement la planéité. Une fois le compactage achevé, la portance peut être contrôlée à l’aide d’un pénétromètre dynamique léger ou, à défaut, par un test empirique : en marchant sur le sol compacté, l’empreinte du pied ne doit pas excéder quelques millimètres. En présence de zones hétérogènes (anciennes tranchées, remblais rapportés), il est parfois nécessaire de reprendre localement le support avec un apport de grave naturelle compactée. Dans les cas de sols très argileux, une stabilisation à la chaux vive ou à la chaux hydraulique dosée faiblement (2 à 3% en masse) peut être envisagée, en respectant les préconisations de sécurité liées à la manipulation de la chaux.

Traitement préventif contre les remontées capillaires d’humidité

Les remontées capillaires constituent l’une des principales pathologies des dalles sur terre battue dans le bâti ancien. Avant de couler la dalle à la chaux, il est donc indispensable d’évaluer le niveau de la nappe phréatique, la présence éventuelle de sources et le comportement hygrométrique saisonnier du sol. Lorsque les remontées sont importantes, la mise en place d’un hérisson ventilé combiné à un réseau de drains périphériques permet de casser la colonne d’eau et de favoriser l’évacuation de l’humidité vers l’extérieur. La chaux, matériau perspirant, joue ensuite le rôle de régulateur, à condition de ne pas l’enfermer entre deux couches étanches.

Dans les contextes les plus sensibles, un traitement préventif consiste à interposer une couche drainante de granulats (pouzzolane, billes d’argile ou verre cellulaire) enrobés dans un lait de chaux, sur 8 à 10 cm d’épaisseur. Cette solution crée une zone tampon qui limite la pression hydrostatique sous la dalle et améliore la diffusion de la vapeur d’eau. On évitera en revanche les films polyéthylène totalement étanches qui bloquent les échanges et reportent les remontées capillaires dans les murs adjacents. Vous l’aurez compris : l’objectif n’est pas de rendre le sol hermétique, mais d’organiser intelligemment la circulation de l’eau et de la vapeur.

Formulation du mortier de chaux pour dalle sur terre battue

La performance d’une dalle à la chaux sur terre battue repose en grande partie sur la formulation du mortier. Le choix du type de chaux, la granulométrie des sables et gravillons, ainsi que les éventuels adjuvants naturels (fibres, pouzzolane, granulats isolants) doivent être adaptés à l’usage de la pièce, au climat et à la nature du support. Une bonne formulation permet de concilier résistance mécanique, perspirance, confort thermique et durabilité. On cherchera toujours un compromis équilibré plutôt qu’une performance extrême sur un seul critère.

Sélection de la chaux hydraulique naturelle NHL 3.5 ou NHL 5

Pour une dalle sur terre battue, on utilise généralement une chaux hydraulique naturelle de type NHL 3.5 ou NHL 5. La NHL 3.5, plus souple et à prise plus lente, convient bien aux pièces d’habitation peu sollicitées mécaniquement, où l’on souhaite privilégier la capacité de déformation et la compatibilité avec des maçonneries anciennes fragiles. La NHL 5, plus résistante et à prise plus rapide, sera réservée aux zones de passage intensif, aux garages légers ou aux pièces susceptibles de recevoir des charges ponctuelles plus élevées.

Comment choisir entre les deux ? En pratique, on s’appuie sur trois paramètres : l’humidité du sol, les charges d’exploitation et la rapidité de chantier souhaitée. Sur un sol très humide ou pour une dalle soumise à de fortes contraintes, la NHL 5 dosée à 350 à 400 kg/m³ offre une excellente tenue. Dans un salon ou une chambre, une NHL 3.5 à 300 à 350 kg/m³ suffit amplement et améliore la respirabilité globale de l’ouvrage. Il est déconseillé de mélanger ciment et chaux dans ce type de dalle, car le ciment rigidifie excessivement l’ensemble et nuit à la gestion de l’humidité.

Dosage volumétrique des agrégats calibrés 0/4 et 4/8

Le squelette granulaire du béton de chaux joue un rôle majeur dans la stabilité dimensionnelle et la résistance mécanique. On privilégiera un mélange de sable 0/4 et de gravillons 4/8, lavés et non gélifs. Un dosage courant pour une dalle intérieure est de 1 volume de chaux hydraulique naturelle pour 3 volumes d’agrégats, déclinés par exemple en 1,5 volume de sable 0/4 et 1,5 volume de gravillons 4/8. Cette répartition permet d’obtenir une bonne compacité tout en limitant les retraits.

Pour un béton de chaux de 100 litres environ, on peut retenir, à titre indicatif, la composition suivante : 1 sac de 35 kg de chaux NHL 3.5 ou 5, 5 seaux de 10 litres de sable 0/4 et 7 seaux de 10 litres de gravillons 4/8, pour 15 litres d’eau en moyenne. La quantité d’eau doit être ajustée en fonction de l’humidité des agrégats et de la température ambiante : l’objectif est d’obtenir une consistance plastique, ni trop fluide (risque de ségrégation) ni trop ferme (difficile à mettre en œuvre). Pensez à réaliser un essai de gâchée sur une petite surface : si le béton garde son empreinte à la taloche sans suinter, la consistance est correcte.

Incorporation des fibres de chanvre ou sisal comme armature

L’ajout de fibres végétales dans le béton de chaux permet de limiter la fissuration de retrait et d’améliorer la tenue en traction de la dalle. Les fibres de chanvre, de coco ou de sisal sont particulièrement adaptées car elles sont compatibles avec l’alcalinité de la chaux et participent à la régulation hygrométrique. On les utilise en faible pourcentage, généralement entre 0,5 et 1% du volume total, sous forme de fibres coupées de 2 à 4 cm de longueur.

Concrètement, les fibres sont incorporées dans le mélange sec avant l’ajout de l’eau, de manière à assurer une répartition homogène. Elles jouent alors un rôle analogue à celui d’un treillis de micro-armatures, en pontant les microfissures et en répartissant les contraintes internes. Attention toutefois à ne pas surdoser : un excès de fibres peut entraîner un manque de compacité, une surface plus poreuse et une diminution de la résistance mécanique. Si vous réalisez une dalle chaux-chanvre véritablement isolante, la formulation diffère et la densité visée est plus faible : on parlera alors plutôt de béton de chanvre que de béton de chaux classique.

Ajout de pouzzolane naturelle pour l’hydraulicité renforcée

La pouzzolane, roche volcanique très poreuse, est un excellent complément pour les dalles à la chaux sur terre battue, notamment dans les environnements humides. Utilisée en substitution partielle des gravillons ou en addition minérale, elle améliore la résistance aux eaux stagnantes, renforce l’hydraulicité du mélange et allège légèrement la dalle. On peut en introduire jusqu’à 30 à 40% du volume des granulats, en granulométrie 4/8 ou 6/10, selon la disponibilité locale.

Sur le plan chimique, la pouzzolane réagit avec la chaux libre pour former des silicates et aluminates de calcium supplémentaires, ce qui densifie la matrice et accroît la durabilité face aux cycles humides-secs. Sur le plan hygrothermique, sa porosité interne agit comme un réseau de micro-réservoirs, un peu comme une éponge minérale, capable de tamponner les variations d’humidité. Pour une dalle sur terre battue en cave ou en rez-de-chaussée non chauffé, un béton chaux-pouzzolane constitue ainsi une alternative très pertinente au béton de ciment traditionnel.

Préparation méthodique du support en terre battue

Avant de couler la moindre goutte de béton de chaux, la préparation du support en terre battue doit être menée avec rigueur. Un support mal préparé est souvent la cause des désordres futurs : tassements différentiels, fissures, zones creuses ou remontées d’humidité. Les étapes de décaissement, de nivellement, de mise en place du hérisson et du géotextile forment un ensemble cohérent, à considérer comme la fondation invisible de votre dalle. Mieux vaut y passer une journée de plus que de devoir reprendre ultérieurement un ouvrage fissuré.

Décaissement et nivellement au laser rotatif du sol porteur

Le décaissement consiste à enlever la couche de terre existante jusqu’à atteindre la profondeur nécessaire pour intégrer l’ensemble du complexe : hérisson drainant, dalle à la chaux et éventuelle chape de finition. On prévoit généralement un décaissement de 25 à 40 cm, selon l’épaisseur du hérisson (15 à 20 cm) et de la dalle (12 à 15 cm). Les déblais sont évacués ou réutilisés ailleurs, en veillant à ne pas laisser de poches de terre meuble dans la zone d’implantation.

Une fois le décaissement réalisé, le nivellement s’effectue à l’aide d’un laser rotatif ou, à défaut, d’un niveau à eau et de piges de repère. L’objectif est d’obtenir un sol porteur présentant une pente maîtrisée (généralement nulle ou limitée à 1% vers un point de drainage) et des tolérances de planéité inférieures à 1 cm sous la règle de 2 m. Un bon nivellement facilite la mise en place uniforme du hérisson et limite les surépaisseurs inutiles de béton de chaux, donc les surcoûts de matériaux.

Mise en place du hérisson drainant en pierre concassée 20/40

Le hérisson drainant constitue la première couche technique au-dessus de la terre battue. Réalisé en pierre concassée 20/40 ou 20/60, il assure à la fois le drainage, la ventilation et la répartition des charges. Son épaisseur courante est de 15 à 20 cm compactés. Les granulats sont déversés en plusieurs passes, puis réglés à la règle et compactés à la plaque vibrante. Là encore, une planéité soignée conditionne la bonne assise de la dalle.

Dans les caves et les rez-de-chaussée très humides, il est recommandé d’intégrer un drain agricole (Ø 100 mm) dans l’épaisseur du hérisson, relié à un exutoire gravitaire ou à un puits drainant. Le drain est posé en pente légère (1%) et enveloppé dans un géotextile pour éviter son colmatage par les fines. Cette configuration transforme le hérisson en véritable plénum ventilé, capable de collecter et d’évacuer l’humidité provenant de la terre battue, plutôt que de la laisser s’accumuler sous la dalle.

Installation d’un film géotextile anti-contaminant perméable

Une fois le hérisson mis à niveau et compacté, on déroule un film géotextile non tissé sur toute la surface. Son rôle est double : il empêche la migration des fines de la terre battue et de la chaux dans le hérisson, et limite la remontée des particules du hérisson dans le béton de chaux. Ce « filtre » mécanique prolonge la durée de vie de la structure drainante et contribue au maintien de la perméabilité dans le temps. On choisira un géotextile perméable à la vapeur d’eau, de grammage 150 à 300 g/m², résistant au poinçonnement.

Les lés de géotextile sont posés avec un recouvrement de 10 à 20 cm et relevés en plinthe de 5 à 10 cm sur les murs périphériques, avant de recevoir une bande de désolidarisation. Le géotextile ne doit pas être tendu à l’excès, afin de conserver une légère souplesse et d’épouser les petites irrégularités du hérisson. Cette étape, parfois jugée accessoire, se révèle pourtant précieuse pour éviter les contaminations granulaires qui finissent par colmater les vides du hérisson et nuire à la gestion de l’humidité.

Techniques de coulage et mise en œuvre de la dalle chaux

Le coulage d’une dalle à la chaux sur terre battue obéit à des règles spécifiques, proches de celles du béton de ciment mais avec quelques nuances importantes. Le temps de prise plus lent, la sensibilité au dessèchement et la nécessité de préserver la porosité exigent une mise en œuvre méthodique. De l’épaisseur structurelle aux joints de fractionnement, chaque choix influe sur le comportement futur de la dalle. Vous vous demandez comment concilier solidité et capacité de respiration ? Cela se joue précisément à cette étape.

Épaisseur structurelle minimale selon charges d’exploitation prévues

L’épaisseur de la dalle dépend des charges d’exploitation et de la nature du support. Pour une pièce d’habitation classique, une épaisseur de 12 cm de béton de chaux bien dosé (350 kg/m³) suffit généralement, dès lors que le hérisson est correctement compacté. Dans une pièce de service, un atelier léger ou un garage accueillant un véhicule, on privilégiera une épaisseur de 15 cm, voire 18 cm en cas de charges ponctuelles importantes. La règle est simple : plus le sol porteur est homogène et bien compacté, plus la dalle peut être optimisée.

On veillera également à respecter une épaisseur minimale recouvrant les réseaux éventuels (évacuations, gaines techniques) : 5 cm au-dessus du point haut d’un conduit constitue un minimum. Si l’on souhaite intégrer un complément isolant (chaux-liège, chaux-chanvre) sous une chape de finition, l’épaisseur globale pourra atteindre 18 à 20 cm, avec une répartition par exemple de 8 à 10 cm de dalle structurelle et 6 à 8 cm de chape isolante. Dans tous les cas, une épaisseur trop faible augmente le risque de fissuration et de poinçonnement, surtout sur terre battue.

Fractionnement en panneaux et joints de dilatation périphériques

Comme pour tout béton, la dalle à la chaux se dilate et se rétracte sous l’effet des variations de température et d’humidité. Pour maîtriser ces mouvements, on fractionne la surface en panneaux de 20 à 25 m² maximum, avec des côtés de 4 à 5 m au plus. Les joints de fractionnement sont réalisés frais sur frais, à la règle ou au coupe-joint, sur une profondeur d’un tiers de l’épaisseur de la dalle. Ils guident les fissures de retrait et évitent les faïençages anarchiques. On privilégiera des formes de panneaux simples, carrées ou rectangulaires, en évitant les découpes en L trop complexes.

En périphérie, la dalle doit impérativement être désolidarisée des murs porteurs pour ne pas transmettre les poussées horizontales et pour laisser les maçonneries anciennes se dilater librement. Une bande compressible (liège, mousse polyéthylène ou feutre de chanvre) de 5 à 10 mm est posée tout autour avant le coulage. Cette bande joue le rôle de joint de dilatation périphérique et participe également à la rupture des ponts phoniques. Dans un bâti ancien, cette désolidarisation est essentielle pour éviter que la dalle ne « pousse » les murs déjà fragilisés.

Talochage mécanique et finitions à la lisseuse inox

Après mise en place et réglage du béton de chaux à la règle, le compactage se fait par damage manuel ou à l’aide d’une règle vibrante, sans excès pour ne pas fermer totalement la porosité de surface. Le talochage commence lorsque le mortier commence à tirer, c’est-à-dire lorsqu’il résiste légèrement sous la pression du doigt sans coller. Un talochage bois ou magnésium permet d’ouvrir le grain et de faire remonter une légère laitance de chaux, qui facilitera ensuite la finition.

La finition à la lisseuse inox intervient dans un second temps, par passes croisées, pour obtenir une surface plane et régulière, prête à recevoir soit une chape de finition, soit un revêtement respirant (terre cuite, parquet massif sur lambourdes, etc.). On évitera les surfaces trop fermées et glacées qui nuiraient à la perspirance. Si la dalle doit rester apparente, une finition légèrement talochée ou lissée mat offre un compromis esthétique intéressant, en conservant l’aspect minéral du béton de chaux tout en facilitant l’entretien.

Protocole de séchage et durcissement par carbonatation

Le comportement d’une dalle à la chaux dans le temps dépend pour beaucoup de la qualité de sa cure. Contrairement au béton de ciment, qui fait sa prise principalement par hydratation, la chaux hydraulique durcit à la fois par hydratation et par carbonatation, au contact du CO₂ de l’air. Ce processus est lent et peut s’étaler sur plusieurs mois. Un séchage trop rapide entraîne fissures et poussiérage ; un séchage trop lent dans une atmosphère saturée d’humidité retarde la prise et peut provoquer des désordres. Trouver le bon équilibre est donc crucial.

Gestion hygrométrique progressive sur 28 jours minimum

Les 28 premiers jours suivant le coulage constituent la phase critique de durcissement. Durant cette période, la dalle doit être maintenue dans une ambiance tempérée, idéalement entre 10 et 25°C, avec un taux d’humidité relative compris entre 50 et 75%. Dans une maison en rénovation, cela implique souvent de fermer les ouvertures pour éviter les courants d’air trop secs, tout en assurant une ventilation douce et régulière. En été, on pourra légèrement humidifier la surface les premiers jours pour compenser l’évaporation rapide.

Une analogie utile consiste à comparer la dalle à la chaux à un fromage en affinage : elle a besoin de temps, de fraîcheur relative et d’une humidité contrôlée pour développer ses caractéristiques finales. Au bout de 7 jours, la résistance est suffisante pour un piétinement léger ; à 28 jours, on atteint déjà 60 à 70% de la résistance finale. Pour autant, la carbonatation se poursuit au-delà de 3 mois, avec un durcissement progressif. C’est pourquoi il est judicieux de différer la pose des revêtements définitifs respirants d’au moins 4 à 8 semaines lorsque cela est possible.

Protection contre la dessiccation rapide et fissuration

La principale ennemie d’une dalle à la chaux fraîche est la dessiccation trop rapide. Elle provoque des retraits importants, des fissures de surface et une fragilisation de la couche supérieure. Pour y remédier, plusieurs mesures simples peuvent être mises en place : bâcher la dalle avec une bâche respirante (toile de jute ou géotextile), limiter l’ensoleillement direct en occultant les ouvertures, éviter les chauffages d’appoint soufflants et proscrire toute ventilation brutale les premières 48 heures. Dans certains cas, un léger brouillard d’eau pulvérisé en surface matin et soir pendant une semaine permet de garder un taux d’humidité suffisant.

Il peut sembler paradoxal d’arroser une dalle sur terre battue alors qu’on cherche à maîtriser l’humidité, mais il s’agit ici de gérer l’eau à l’échelle de quelques millimètres de surface, non des remontées capillaires profondes. Comme pour une peau qui cicatrise, un séchage progressif et homogène limite les tensions internes. À l’inverse, laisser la dalle en plein courant d’air sec, surtout dans une maison chauffée, revient à la faire « brûler » trop vite, avec à la clé un réseau de microfissures qu’il sera ensuite difficile de rattraper.

Contrôle du ph de surface avant application des finitions

Avant d’appliquer un revêtement de sol ou un traitement de surface (huile dure, cire, badigeon, etc.), il est intéressant de vérifier le pH de la dalle en surface. Une dalle à la chaux fraîche présente un pH très élevé (autour de 12 à 13), qui diminue progressivement vers des valeurs plus neutres à mesure que la carbonatation progresse. Un pH trop alcalin peut altérer certains revêtements sensibles (huiles naturelles, résines, colles spécifiques) et compromettre leur adhérence.

Le contrôle se fait à l’aide de bandelettes indicatrices de pH ou d’un pH-mètre de surface, après humidification légère de la zone testée. Un pH inférieur à 10 est généralement considéré comme compatible avec la plupart des finitions respirantes. Si le pH reste très élevé au-delà de 6 à 8 semaines, cela peut traduire une carbonatation incomplète liée à une ventilation insuffisante ou à un excès d’humidité. Dans ce cas, on patientera quelques semaines supplémentaires avant de poser le revêtement définitif, en améliorant la ventilation naturelle de la pièce.

Pathologies courantes et solutions techniques correctives

Malgré toutes les précautions prises, une dalle à la chaux sur terre battue peut présenter certaines pathologies au fil du temps. L’important est de savoir les identifier correctement et d’apporter des réponses adaptées, plutôt que de recourir systématiquement à des solutions radicales comme la démolition ou la pose d’un béton de ciment. En observant attentivement les symptômes — fissures, taches d’humidité, zones sonnant creux — on remonte souvent à la cause : problème de drainage, séchage trop rapide, absence de joints, etc. Chaque désordre a sa logique et donc son remède.

Les fissures fines de retrait, généralement superficielles et non évolutives, peuvent être tolérées ou traitées ponctuellement par un rebouchage à la barbotine de chaux. Les fissures plus larges et actives, en revanche, traduisent souvent un tassement différentiel ou une absence de fractionnement suffisant. Dans ce cas, la création de joints de désolidarisation secondaires, voire la reprise locale de la dalle sur quelques dizaines de centimètres, permet de stabiliser la situation. En parallèle, on vérifiera la qualité du compactage du hérisson et la présence éventuelle de vides sous la dalle, à l’aide de forages exploratoires.

Les remontées d’humidité localisées, sous forme de taches foncées persistantes, indiquent souvent un défaut de drainage ou un point bas non ventilé. L’ajout d’un drain périphérique complémentaire, la création d’un exutoire ou l’ouverture de bouches de ventilation basse peuvent améliorer la situation sans remettre en cause l’ensemble de la dalle. Enfin, le poussiérage de surface, fréquent sur les dalles anciennes mal protégées, se traite par l’application d’un lait de chaux ou d’une eau forte légèrement chargée en chaux, suivie d’un traitement de surface à l’huile dure ou à la cire, tout en respectant la perspirance nécessaire au bâti ancien.